reportage sur la marche des paysans sans terre indiens, de Gwalior à New Delhi, en octobre 2007
Interview de Geneviève Savigny, membre du comité national de la Confédération paysanne, chargée de la coordination des actions de soutien à Janadesh. Elle nous explique pourquoi une organisation plus souvent médiatisée pour ses actions anti-OGM s’engage aussi auprès des paysans sans-terre indiens. (c’est moi qui souligne certains passages en rouge)
-La question de l’accès à la terre en Inde est liée à des spécificités locales très fortes (système rural semi-féodal hérité de l’époque britannique, problèmes des populations tribales chassées de leurs terres ancestrales, castes…) : en quoi la confédération paysanne se sent-elle concernée par ces problèmes ?
-Geneviève Savigny : Ainsi que vous l’écrivez, le problème central c’est celui de l’accès à la terre. Un problème universel au delà de nos histoires différentes. Si l’Inde est marquée par un système hérité de l’époque britannique, en Europe nous sommes marqués par le droit de propriété privé et cinquante ans de politiques agricoles productivistes. Avec la mise en place d’entreprises agricoles tournées vers la transformation industrielle et la grande distribution, l’agriculture paysanne que défend la Confédération paysanne est mise à mal au profil de d’exploitations de plus en plus grandes et industrialisées. Le maintien de paysans en Europe et l’installation de nouveaux agriculteurs est de plus en plus difficile.
Nous sommes bien sûr conscients de l’énorme différence d’enjeu entre des « sans terre » qui luttent pour leur survie et des jeunes qui désirent devenir agriculteurs et cherchent quelques hectares pour réaliser un projet de vie, mais au centre, se pose le même problème de l’accès au foncier.
Au Sud, ainsi que dans les pays d’Europe Centrale et le reste de l’Union Européenne, l’accaparement des terres agricoles et le développement de l’agrobusiness se font au détriment de l’agriculture vivrière. Dans les pays dits développés, la disparition du foncier agricole dans les aménagements urbains est extrêmement rapide et la spéculation foncière rend le prix des terres inaccessible.
Actuellement, l’accroissement de la concurrence entre les productions alimentaires et la production d’agrocarburants accentue encore ces enjeux. C’est donc autour de cette question de l’accès à la terre « la Terre pour la Vie » que notre syndicat s’est senti concerné.
L’implication de la Confédération Paysanne dans le soutien à Janadesh tient aussi à la nature non violente du mouvement Ekta Parishad qui défend avec détermination les droits des sans terre, des paysans, et des populations tribales depuis de nombreuses années au travers de marches, de sit-in, de mobilisations nombreuses et pacifiques. C’était aussi la volonté de leur leader Rajagopal de susciter une forte implication internationale afin donner au mouvement toutes ses chances d’aboutir. Pour cela, il a effectué de nombreuses visites par le monde et en Europe.
Lorsque des contacts se sont précisés du coté de la Bretagne entre Frères des hommes, des paysans de la Confédération paysanne et le leader du mouvement Rajagopal, il y avait dans cette région une marche de jeunes « porteurs de projets » qui ne parvenaient pas à trouver le foncier nécessaire à leur installations. Ce fut peut-être le catalyseur pour amener notre organisation à s’engager auprès de Frères des Hommes, Peuples Solidaires, Solidarités..et autres ONG qui soutiennent Janadesh, et à relayer l’idée de marches de solidarité autour de l’accès à la terre.
- Placez-vous le combat des paysans sans terre indiens dans le cadre d’un combat plus global entre petits paysans et grandes compagnies minières ou agroalimentaires, à l’échelle mondiale ? N’est-il pas simplificateur d’établir ce lien ?
Nous plaçons ce combat dans la lutte que nous menons avec Via Campesina pour faire reconnaître le droit de Souveraineté Alimentaire, c’est à dire le droit pour les populations de choisir leur alimentation et de développer l’agriculture nécessaire à sa production en favorisant d’abord les paysanneries locales. Nous plaçons ainsi ce combat dans la lutte globale pour que sur cette terre chacun ait réellement droit à se nourrir correctement et donc ait accès aux moyens de production et en tout premier lieu la terre.
Dans ce combat, il y a bien sur une lutte contre ceux qui s’accaparent les ressources mondiales et organisent à leur guise les règles du jeu économique mondial aux travers des institutions internationales comme l’OMC le FMI et la Banque mondiale. Ce n’est hélas pas une simplification.
Mais il ne faut pas oublier le rôle et la responsabilité des gouvernants.
L’action de Janadesh est dirigée en tout premier lieu envers l’Etat indien et le Premier Ministre pour qu’il mettent en application la réforme agraire et des lois votées récemment.
Parce qu’en Inde comme partout dans le monde, c’est ou plutôt ce devrait être le rôle des gouvernants d’arbitrer les conflits d’intérêts entre les populations et les puissances économiques en protégeant d’abord les plus faibles, c’est à dire les populations qui luttent pour leur survie.
-Quelles formes va prendre le soutien de la confédération paysanne à cet événement ?
Après des actions d’information menées avec nos partenaires cet été notamment dans l’Ouest de la France, des équipes départementales vont lancer des actions locales autour du droit à la terre et du soutien à Janadesh.
L’action prévue dans le département du Lot est très caractéristique. Des jeunes désirant s’installer se sont organisés en collectif en lien avec l’ADEAR locale (association de développement proche de la Confédération Paysanne) pour faire connaître leurs projets et leurs difficulté dans une marche de plus de dix jours , en lien et en solidarité avec Janadesh. Leur marche commence le 18 septembre et les amènera à rencontrer des élus et citoyens au cours de leurs étapes de Figeac à Cahors.
Dans d’autres départements auront lieux des marches plus symboliques d’un ou deux jours, des rassemblements, des informations.
De plus des paysans se rendront en Inde afin de participer à la marche.
C’est ainsi que nous pensons, modestement, contribuer à cet immense événement de défense des paysans qui en retour nous renforce.