reportage sur la marche des paysans sans terre indiens, de Gwalior à New Delhi, en octobre 2007
Plus de 200 Occidentaux vont participer à la marche d’octobre 2007, aux côtés des Indiens sans terre. Pourquoi se lancent-ils dans cette aventure ? Un petit sondage de leurs motivations s’imposait. Voilà certains de leurs témoignages :
Jean-Louis Bato : “Je suis le délégué international de l’association Solidarité et c’est à ce titre que je participe au Janadesh. J’ai eu la chance de travailler en Inde pendant 15 ans, dont 5 (1973-1977) avec le mouvement Boodhan (=”don de la terre”) et son leader Vinoba Bhave, le disciple de Gandhi. […] J’espère que le gouvernement indien sera à l’écoute des 300 millions de sans terre et de tribaux qui ont besoin d’un petit lopin de terre pour assurer leurs besoins essentiels et leur dignité. J’espère qu’il mettra en oeuvre une véritable révolution agraire et distribuera les terres en friche (30% du territoire) dont il reste encore propriétaire. Lors des précédentes marches, certains gouvernements d’états ont déjà commencé comme par exemple dans l’état du Chattisgarh en 2003 où le gouvernement a distribué 6000 acres ».
Gerald Conyngham (Angleterre) : « Je suis quaker et suis engagé depuis longtemps dans des approches non violentes de la paix et de la justice. J’ai travaillé il y a deux ans comme « peace accompanier » [je ne me risque pas à traduire l’expression !] dans la bande de Gaza, où j’ai côtoyé pendant trois mois des Israéliens et des Palestiniens qui cherchaient une solution juste au conflit. Les Quakers soutiennent Ekta Parishad [l’organisation à l’origine de la marche] et un groupe qui s’appelle le “South Asia Peace Network”. Personnellement, j’ai beaucoup voyagé mais ne suis jamais allée en Inde. Je m’intéresse beaucoup aux « padyatras » [ces grandes marches non-violentes] de la tradition gandhienne et aux fondements spirtiuels d’Ekta Parishad”.
Benjamin Peyrot des Gachons : “Une des forces du mouvement Ekta Parishad est de prolonger l’action politique de Gandhi qui consiste à utiliser la mobilisation non-violente comme puissant moyen de pression et de négociation auprès des autorités. C’est un levier universel et démocratique que l’on doit s’employer à mettre en œuvre dans notre contexte national”.
Louis Campana, qui va réaliser le film “la marche déesepérée des paysans sans terre” avec François Verlet : Bien au fait des problèmes des sans terre indiens, il explique qu’”une des premières lois votées par le Congrès après l’indépendance stipule que la terre appartient à l’Etat, sauf si l’on peut justifier d’actes de propriété. Les petits paysans, les tribaux dans leurs forêts, les corvéables à merci des villages indiens, analphabètes pour la plupart, ont fait les frais de ces décisions”. Il souligne qu’”il y a trente ans, les tribaux n’existaient même pas à l’état civil”. “Des lois ont été votées qui donnent droit aux paysans de réclamer des terres si elles sont libres et appartiennent à l’Etat. Maintenant, c’est au gouvernement central qu’il faut réclamer le droit pour les paysans de l’ensemble de l’Inde d’avoir accès aux terres disponibles”.
Louis Campana et François Verlet adoptent une approche universaliste : "si ces marcheurs réussissent à mobiliser les forces politiques indiennes autour de leurs droits, il sera possible aux autres miséreux de la planète d’en faire autant dans leurs propres pays”.