reportage sur la marche des paysans sans terre indiens, de Gwalior à New Delhi, en octobre 2007
Rajagopal, le “nouveau Gandhi” et organisateur de la marche, a dit qu’"entre le silence et la violence, il y a la non-violence active". Et justement, ce qui me frappe très vite quand j’arrive en Inde, c’est l’atmosphère sonore. On conduit ici au moins autant avec son klaxon qu’avec son volant. A l’intérieur de n’importe quelle pièce, le frôlement des pâles de ventilateur est omniprésent. Dans la rue, les petits commercants s’interpellent en permanence. (photo ci-dessous : une rue d'Old Delhi vue depuis le minaret de la grande mosquée Jama Masjid)
Et pourtant, Rajagopal a raison : le silence de la masse des travailleurs du bas de l’échelle est pourtant frappant.
De manière un peu impressionniste, dans la catégorie “reprendre pied en Inde”, voila aussi une remarque d’un commercant de New Delhi, vendeur de vêtements, qui m’a frappée : alors que je regardais la file énorme qui serpentait devant le cinema situé en face de sa boutique, il m’a dit “third class cinema, third class movies, third class people : mostly rickshaw drivers”. Remarque d’une violence inouie, non ? Ou au moins signe d’un mépris profond…
Mais cette première journée a surtout été marquée par la prise de contact avec la Gandhi Peace Foundation, point de chute a New Delhi de toutes les organisations qui perpétuent la philosophie gandhienne dans leurs actions sociales.
Demain, je prends le train pour Gwalior, où aura lieu le départ de la marche. Cette ville n’a pas été choisie au hasard : en 1972, un groupe de 500 hors-la-loi (ceux qu'on appelle en Inde les "dacoïts") y a déposé les armes devant un portrait de Gandhi, renonçant ainsi à l’usage de la violence. Et mardi 2 octobre, jour de l'anniversaire de Gandhi, la grande foule des sans terre se mettra en branle vers New Delhi.