reportage sur la marche des paysans sans terre indiens, de Gwalior à New Delhi, en octobre 2007
Les organisateurs et marcheurs de Janadesh 2007 ne sont pas des marxistes. Ils ne réclament pas une réforme agraire divisant les terres cultivables entre les 70% de la population vivant encore dans les campagnes. Ils ne souhaitent pas non plus empêcher l’installation de nouvelles industries, de barrages ou d’infrastructures de transport sur des terres cultivables.
Mais voilà, ils s’indignent contre le fait que des populations très vulnérables attendent encore la compensation financière que le gouvernement doit leur verser pour des terres achetées en 1990. Ils refusent que des
compagnies minières ou des industries occupent dans les faits bien plus de terres que celles dont ils possèdent les titres de propriété. Ils déplorent que la corruption des cours de justice et leurs délais vertigineux empêchent des particuliers de faire reconnaître leurs titres de propriété sur de petits lopins de terre.
Deux problèmes au lieu d’un, donc : d’un côté les sans-terre avec titres de propriété, de l’autre les sans-terre sans titre de propriété.
En Inde, la question de la propriété de la terre est extrêmement complexe. La colonisation britannique a renforcé le système semi-féodal des zamindars, dans lequel les grands propriétaires terriens (=zamindars) collectent l’impôt auprès de leurs paysans et le reversent à l’Etat. Ce système a été aboli à l’indépendance, mais la main d’oeuvre agricole sans-terre représentait alors 40% de la population. Ces paysans sans-terre ont eu la possibilité de devenir propriétaires de terrains en payant une rente de dix ans à l’Etat, mais les pesanteurs sociales, la pauvreté et la mauvaise tenue des cadastres ont rendu ce processus laborieux.
Par ailleurs, les populations tribales ne possèdent dans la plupart des cas aucun titre de propriété écrit mais sont liées à des terres par un attachement ancestral.
On parle sans cesse du décollage économique de l’Inde, qui est une réalité, mais il ne doit pas faire oublier que depuis l’indépendance de 1947 le nombre de pauvres a doublé dans le pays, en valeur absolue. L’absence de terre est la première cause de la pauvreté rurale. Aujourd’hui, environ 17 millions de foyers indiens n’en possèdent pas le moindre mètre carré.
Photo prise en 2003 dans la campagne du sud du Karnataka.