reportage sur la marche des paysans sans terre indiens, de Gwalior à New Delhi, en octobre 2007
Un mouvement de l’ampleur de cette marche ne peut manquer d’attirer l’attention des hommes et femmes politiques de tous les bords. Hier, lors d’une immense réunion dans un stade de Morena (à mi-chemin entre Gwalior et Agra), la population locale s’est pressée autour des 25 000 marcheurs pour écouter les personnalites s’exprimant à la tribune.
A l’applaudimètre, c’est Jyohtiraditya Scinda qui a remporté haut la main la compétition. Il est l’héritier de l’ancienne famille royale de Gwalior, qui a régné jusqu’à l’indépendance. Le “prince” est aujourd’hui député du Madhya Pradesh au parlement de Delhi, pour le parti du Congrès. Il a fait son entrée telle une star de cinéma, sous le crépitement des flashs d’appareils photo. Il était frappant de constater à quel point il avait la peau claire (synonyme de pureté et de haute caste en Inde) par rapport à la foule des auditeurs. “Dans cette guerre de la faim, je suis derrière vous” a-t-il proclamé, avant de prononcer quelques mots dans des dialectes du Madhya Pradesh, pour montrer sa proximité avec le peuple. Il a promis de parler du problème de la terre et des revendications de Janadesh avec Sonia Gandhi, leader du parti du Congres.
Récupération politicienne ou vraie volonté de faire changer les choses ? Difficile de savoir. Le clientélisme politique est une réalité en Inde comme dans de nombreuses démocraties, et le parti du Congrès fait partie de la coalition au pouvoir actuellement.
Le “chief minister” du Madhya Pradesh s’est également exprimé à la tribune. Membre du BJP, le parti nationaliste hindou actuellement dans l’opposition à l’échelle nationale, il a présenté des mesure qu’il va mettre en place dans son Etat à partir du 1er novembre : l’Etat prendra en charge la moitié des intérêts que les paysans doivent payer aux banques, afin qu’ils ne payent plus que 7% au lieu de 14%. Il s’est engagé a créer une unique autorité responsable des litiges concernant la terre, ce qui est une revendication de Janas\desh a l’échelle nationale.
Au milieu de ces promesses et discours enflammés se promenait Hari Shankar Palia, vétéran de la période gandhienne âgé de 95 ans. Pour avoir participé à de nombreuses padyatras (marches non-violentes de revendication), il sait qu’elles peuvent donner des résultats étonnants. Reste a savoir si la volonte politique sera assez forte pour se lancer dans des reformes aussi massives que celles demandées par Rajogapal et ses marcheurs.


Photos : le "prince" de Gwalior à gauche ; Hari Shankar Palia, vétéran de la lutte contre l'indépendance, à droite.