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reportage sur la marche des paysans sans terre indiens, de Gwalior à New Delhi, en octobre 2007

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Une journee au Chhattisgarh

Jambes découvertes jusqu’aux genoux, lourdes boucles sur le haut des oreilles, dizaines de rangées de perles autour du cou, tatouages géometriques sur les bras et les jambes, les femmes adivasis (tribales) de l’Etat du Chhattisgarh se remarquent dans le cortège des 25 000 marcheurs. Les hommes portent des chapeaux en bambou tressé et pour certains des arcs et des flèches en bois pour représenter leur culture ancestrale menacée.
Cet Etat reculé est représenté par 3000 paysans sans terre. Certains d’entre eux ont vu toutes leurs recoltes brulées par le "Forest Department” de leur Etat juste avant de venir participer à la marche. Les autorités consideéaient en effet que ces populations tribales cultivaient illégalement des espaces gagnés sur la forêt, alors que le ministère des affaires tribales définit au contraire les adivasis comme les populations dont le mode de vie est lié a la forêt et qui sont donc autorisées à vivre à sa lisière. Deux ministères, deux politiques aux philosophies opposées, pas de coordination.

Gyanadhar Shastri est un des leaders de ces communautés du Chhattisgarh. S’il pouvait s’adresser directement au gouvernement, il lui demanderait “Pourquoi ne bénéficions-nous d’aucune protection des droits de l’homme ? N’importe qui peut nous battre ou violer nos femmes”, et “Pourquoi le gouvernement donne-t-il seulement de la terre à des grandes compagnies privées et jamais aux pauvres ?” Il insiste sur le fait que le gouvernement laisse les entreprises comme Tata ou Pepsi puiser toute l’eau des rivières et autorise tous les exploitants de bauxite à s’installer où ils veulent.
Le gouvernement dispose en effet d’un droit inaliénable à l’acquisition de n’importe quel terrain, quand il considère que "l'intérêt général" est en jeu. En 1978, le 44e amendement à la Constitution a retiré le droit à la propriété des droits fondamentaux, pour le placer dans une section subsidiaire.
D’autres habitants du Chhattisgarh m’expliquent que la pratique du mariage forcé est très commune dans leur région. Les non-tribaux n’ont théoriquemet pas le droit d’acquérir de la terre appartenant à des adivasis. Mais dans les faits, rien de plus simple que de contourner cette disposition : des non-tribaux forcent des filles tribales à les épouser, accaparent des terres et gardent les filles comme servantes, avant de se remarier avec une femme de leur caste...
Menacées à la fois par l’industrialisation, la corruption de certains membres de leur communauté et les agences chargées de préserver la forêt ou de créer des parcs nationaux, les adivasis du Chhattisgarh se sentent assiégés de toutes parts.

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