Texte Libre

Ce blog se propose de suivre d'un bout à l'autre la grande marche gandhienne "Janadesh 2007" des paysans sans terre indiens, oubliés de la croissance de l'"Inde qui brille". Il en expliquera autant que possible les tenants et les aboutissants et profitera de cet immense mouvement populaire -25 000 personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, en marche vers New Delhi- pour éclairer certains aspects de l'Inde contemporaine. Une Inde dont la population reste rurale à plus de 70%.
La blogeuse : Béatrice Roman-Amat, jeune journaliste passionnée par l'Inde.
Ce blog était à l'origine un blog de la rédaction du Monde interactif, mais quand lemonde.fr l'a archivé, je l'ai recréé sommairement sur over-blog.

Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /Mars /2008 18:49

A environ un an des élections législatives et quelques mois après la fin de "Janadesh 2007", voilà une mesure qui ne passe pas inaperçue en Inde : le 29 février, Chidambaram, le ministre des finances indien, a annoncé la création d'un fonds de 15 milliards de dollars pour effacer la dette des paysans les plus pauvres.
Malgré le risque de détournement de fonds et la part de populisme qui sous- tend cette mesure (les plus défavorisés se mobilisent généralement en masse pour les élections en Inde), elle pourrait apporter un peu d'air aux pauvres ruraux.

En août 2005, une autre mesure importante pour les campagnes, et notamment les paysans sans terre, avait été adoptée par la majorité menée par le parti du Congrès : une loi garantissant une sorte de revenu minimal rural, versé à condition que le paysan ait travaillé au mois 100 heures au cours du mois. L'application de ce "national rural employment guarantee act" laisse cependant encore à désirer, car elle est dévolue à des fonctionnaires locaux, parfois débordés, parfois corrompus.
Dans l'Inde rurale d'aujourd'hui, les suicides de paysans pour cause d'endettement insurmontable sont fréquents. Selon le ministre de l'agriculture, 150 000 d'entre eux se seraient donné la mort entre 1997 et 2005. Ces suicides sont particulièrement nombreux dans des Etats pourtant plutôt favorisés, comme le Kerala ou le Maharashtra (l'Etat de Bombay). Explication de ces paradoxes : dans ces Etats où l'agriculture a été modernisé à marche forcée, les agriculteurs s'endettent pour acheter des pesticides et autres produits chimiques à prix d'or, tandis qu'ils vendent leur production agricole à un prix relativement bas, fixé par l'Etat.
Aujourd'hui, plus de 40% des paysans indiens sont endettés, contre 26% à la fin des années 1990.


Photos : paysans du sud du Karnataka (Inde du sud)
Par pondibéa - Publié dans : janadesh 2007
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Lundi 26 novembre 2007 1 26 /11 /Nov /2007 17:33

Un mois après la fin de Janadesh, le combat des populations tribales pour le droit à occuper leurs terres ancestrales continue. Illustration en Orissa,  grâce à un article de l’Hindustan Times. L’Orissa se trouve dans l’Est du pays ; c’est un Etat dont le sous-sol est très riche en matières premières mais dont la population est très déshéritée. Extraits :

“Thousands of miles from Goa, in Orissa’s Kalahandi district, the Dongaria Kondh tribals are fighting to keep their sacred Niyamgiri hills away from the prying eyes of UK-based Vedanta Resources Plc. The company wants to mine the bauxite-rich region and has set up a refinery at Lanjigarh

On Friday, the Supreme Court barred the company from mining at Niyamgiri hills, but said if the state wants to go ahead, it will have to form a special purpose vehicle which would include the Orissa Mining Corporation and Sterlite Vedantas Indian arm. […]

The company has been facing protests from the beginning of the project in 2002. This region is one of the few in the state that still has primary forest cover of about 90 per cent. The tribals say mining would affect at least 35 waterfalls and two rivers. “If they displace us, then it will lead to a bloodbath in western Orissa,” Jitu Jakeseka, a tribal, told a news agency”.

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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /Nov /2007 17:25

Janadesh est terminé, et la vocation de ce blog disparaît en même temps. Me voilà revenue en France, loin des villages du Madhya Pradesh (photo) et des kilomètres à dévorer pas après pas en direction de New Delhi. Dans les rues, plus de vaches, dans le riz plus d’épices, au plafond plus de ventilateur. Mais au fond des yeux, les images de la détermination de tous ces paysans qui espèrent offrir un avenir meilleur à leurs enfants, et si possible à eux-mêmes.            
          

Le processus politique ne fait que commencer et seul le temps dira si le gouvernement indien réussit à ménager la chèvre et le chou, à choisir entre la création à tour de bras de zones franches industrielles sur des terres agricoles et les revendications des quelque 70% de la population qui dépendent de l’agriculture pour leur subsistance.               

En attendant, je tiens à remercier les interprètes hindi-anglais (photo) qui m’ont permis d’effectuer mes interviews auprès des marcheurs. Une pensée particulière pour Sharique, qui n’est pas sur la photo mais a été le plus serviable de tous.


Tous  étudiants à Delhi âgés de 16 à 26 ans, casquette vissée sur la tête et portable à l’oreille, ils font partie de la classe moyenne (voire moyenne-supérieure). Participer à Janadesh, même contre rémunération, leur a ouvert les yeux sur la situation des Indiens ruraux les plus pauvres.  “A Delhi, nous vivons entre amis, dans un foyer pour étudiants. C’est la belle vie, nous n’avons qu’à étudier et à mettre les pieds sous la table le soir, explique Danesh (T-shirt bleu marine). J’ai réalisé que ces gens devaient se battre chaque jour pour la survie de leur famille”. Même quand ils viennent de zones rurales, ces jeunes n’ont pas l’habitude de cotoyer les plus pauvres de leurs villages.

Enfin, un grand merci à Samuel et Anaïs, qui ont donné beaucoup d’eux-mêmes pour que les Occidentaux participant à la marche ne se sentent pas trop égarés, et ont ainsi contribué à en faire une expérience marquante.

Par pondibéa - Publié dans : janadesh 2007
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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 17:13

Cet automne est marqué en Inde, du Bihar au Kerala, par toute une série d’événements violents qui prouvent que l’ahimsa gandhienne n’est pas la méthode d’action choisie par tous. Ils rendent encore plus exemplaire la victoire pacifique des paysans sans terre.

Lynchages, rondes de surveillance et bastonnages à mort orchestrés par des milices de villageois, trains brûlés…les épisodes sinistres se multiplient et révèlent que la défiance à l’égard des autorités (police comme justice) pousse la population à se constituer en foule vengeresse, et bien sûr aveugle.

Au Kerala, un Etat pourtant souvent donné en exemple, une femme enceinte et sa fille de 16 ans ont failli être lynchées par la foule après avoir été accusées (à tort) du vol d’un bijou.

Au Bihar, le 13 septembre, dix personnes qui revenaient de nuit d’un mariage ont été lynchées “par erreur” par un groupe de villageois.

Parallèlement, la communauté des Gujjars, qui cherche en vain à obtenir le statut de “Scheduled Tribe” depuis des années (ce statut permet de bénéficier d’une politique de discrimination positive), a décidé de passer à la manière forte pour arriver à ses fins. Arrachages de rails de voies ferrées et attaques de propriétés privées ont causé la mort de 26 personnes.

Selon le magazine India Today, cet état de fait est dû à l’incapacité du système judiciaire indien à agir vite et efficacement. L’hebdomadaire souligne qu’il manque quelque 3000 juges en Inde et que 26 millions d’affaires sont en attente de jugement. Récemment, un verdict a été prononcé pour un cas vieux de 50 ans.

Par pondibéa
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Jeudi 1 novembre 2007 4 01 /11 /Nov /2007 17:14

La doctrine gandhienne a puisé certaines de ses notions clés dans la religion jaine. C’est le cas de l’ahimsa, la non-violence en pensée comme en acte.

De passage à Delhi après une marche gandhienne, ne pas visiter le temple jain d’Old Delhi (photo), situé tout près de l’immense Fort Rouge, aurait donc été impardonnable. 

Ce temple a pour particularité  d’abriter un hôpital pour les oiseaux. Dans des dizaines de cages alignées, perroquets verts, corbeaux, pigeons, poules et même aigles, paons ou dindes se remettent des traumatismes de la vie urbaine. Ailes cassées, pattes abimées, plumes arrachées ou ébouriffées, les blessures sont nombre uses et souvent graves. Cet hôpital atypique, qui peut recevoir 5000 volatile s  simultanément, ne fonctionne que grâce aux dons des particuliers.


Pour les jains, végétariens stricts, toute forme de vie doit être respectée. Les prêtres jains vont même jusqu’a porter un bandeau sur la bouche pour être sûrs de ne pas avaler d’insecte et à balayer systématiquement sur leur passage pour ne pas en écraser.

En Inde, ce ne sont pas les animaux éclopés qui manquent. A chaque coin de rue, on croise des chiens aux crânes ouverts, d’autres ayant perdu tous leurs poils. Chevaux, ânes ou chats ne sont pas mieux lotis.


Photos : à quelques mètres seulement de l’hôpital des oiseaux, un restaurant McDonald’s rutilant, sans doute moins respecteux du principe jaïn “live and let live”.

Par pondibéa - Publié dans : société
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